IL ÉTAIT UNE FOIS … NOTRE CORPS

IL ÉTAIT UNE FOIS … NOTRE CORPS

Vendredi 3 mai 2019, 7h20. Mon tapis de yoga est déplié, et je suis prête à attaquer ma pratique matinale. Tout en douceur, j’installe une respiration consciente, je démarre mes postures et … CLAAAC ! Mon dos. « Mon p***** de dos », comme je l’ai dit sur le moment. Il fallait bien trouver un coupable à la douleur : c’est tombé sur lui.

Oui mais voilà : cela faisait 4 jours que je ressentais une gêne dans mon dos, après une pratique assez intensive de yoga mêlant torsions et souplesse. J’aurais pu l’écouter cette gêne, la prendre en considération. Et non : il a fallu que je laisse mon égo prendre toute la place et que j’aille trop loin dans mes postures, jusqu’à bloquer mon dos. Je suis la seule responsable de cette douleur.

J’aurais du écouter mon corps, et surtout en prendre soin.

Ça a au moins eu le mérite de m’inspirer. Alors aujourd’hui, je voulais vous raconter une histoire : celle que nous entretenons avec notre corps.

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Quelle belle histoire … Mais quelle histoire difficile ! 

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Notre corps est une incroyable machine qui nous offre une infinité de possibilités (quand il va bien). Il est notre meilleur allié et notre meilleur ami … pour la vie. Pour autant, nous n’entretenons pas un rapport si glorieux que ça avec lui. 

N’avez vous jamais remarqué ? La plupart des décisions que nous prenons à propos de notre corps découlent de complexes et d’une grande dose de désamour. Les régimes alimentaires « sans glucides », les « programmes sportifs » inadaptés et proposés partout en ligne … On ne se lance pas là-dedans pour se faire du bien, mais pour espérer nous modifier, parce qu’on ne s’aime pas. D’ailleurs, le « sport », on l’arrête souvent au bout d’un ou deux mois, faute d’y trouver du plaisir et du bien-être. Comment trouver l’épanouissement lorsque ce qui nous motive sont des sentiments aussi négatifs ? 

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Et surtout, comment nous reprocher d’agir ainsi ?

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On a toujours comparé des corps entre eux : par les magazines, par la télévision, et plus récemment, par Instagram. Vous savez, ce temple des corps refaits ou très bien retouchés. Qu’est-ce qu’on a pu nous en filer des complexes avec ça …

Nous passons alors notre temps à détester nos corps, et à nous reprocher plein de choses : « pourquoi j’ai pas son corps ? » , « il faut absolument que je perde du poids avant cet été » , « mon corps me dégoute » … 

Ces pensées que nous nous jetons à la figure sans même prendre le temps de nous regarder. Sans même comprendre qu’on a tous son propre corps et sa propre histoire avec lui. 

C’est un jeu bien dangereux que nous entretenons là, et la seule chose qu’on y gagne, c’est la haine de nous-mêmes.

Mais on ne se pose pas plus de questions que ça à ce sujet parce que, notre corps, c’est plutôt mal vu de l’aimer. C’est très vite considéré comme « superficiel ».

C’est d’ailleurs comme ça que j’ai vécu les 21 premières années de ma vie. J’estimais que mon corps ne me servait pas à grand chose. Il marchait, courrait parfois, nageait souvent … C’est tout. 

Je ne me servais pas de mon corps comme mode d’expression. Je n’en prenais pas soin et je ne l’écoutais pas. Je crois que le domaine dans lequel ça se voyait le plus, c’est l’alimentation.

Bah oui après tout, quel intérêt de manger ce dont mon corps a besoin pour fonctionner comme il faut ? Mon régime à base de Mcdo-Pizza-Nutella me permettait de survivre, pourquoi le changer ?

Survivre oui, mais rien de plus. Je perdais mes cheveux d’une façon impressionnante (Sarah si tu passes par ici, j’ai beaucoup pensé à toi en écrivant ça !), j’étais sans cesse fatiguée et j’avais le teint plus gris qu’un mur de béton. 

Le corps est un reflet, à la fois de nos expériences et de nos bonnes ou mauvaises habitudes. C’est son état général qui révèle si on l’aime suffisamment pour lui donner du « bon carburant » et lui éviter au maximum les excès qui le font souffrir. Et choisir de se nourrir avec des produits frais et des assiettes équilibrées, c’est très révélateur de l’amour que l’on se porte.

Bref, mon corps n’était pas intéressant à mes yeux. Et je le rabaissais constamment. J’ironisais aussi sur ces personnes « superficielles » qui soignaient leurs corps et le chérissaient.

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Et si ce n’est pas elles qui avaient raison, au fond ?

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Pourquoi ignorer ou détester mon corps à ce point ? Après tout, il a toujours été plutôt sympa avec moi. Il a su se faire le plus silencieux possible lorsque j’en avais besoin. Il a démontré tout au long de ma vie qu’il possédait d’immenses capacités de régénération quand je lui ai fais subir les pires traitements qui soient (genre, une alimentation douteuse …). Et il a su m’alerter très doucement quand je le faisais beaucoup trop souffrir par des excès en tout genre. 

Je n’avais pas encore entamé cette réflexion lorsque le yoga est arrivé dans ma vie et a brusqué toutes mes croyances.

Après mon premier cours, j’avais l’impression de flotter. J’étais euphorique et surtout hallucinée par l’effet que la pratique avait eu … sur mon corps. Tout ce que je ressentais n’était pas dans la tête, non. C’est mon corps qui ressentait des choses. C’est comme s’il me disait merci d’avoir pris soin de lui comme je ne l’avais jamais fait auparavant. 

Au fur et à mesure du temps, c’est le yoga qui m’a permis d’unir mon « moi interne » et mon « enveloppe », qui a créé cette connexion que j’avais perdu.

Je ne suis pas en train de vous dire que le yoga est une solution miracle à la relation difficile que l’on entretient avec notre corps. Mais je crois qu’il est une aide précieuse pour retrouver l’amour de soi en ce qu’il nous permet de nous connecter à nos sensations.

Mais peut-être que vous pourrez retrouver cette union à l’aide d’un sport, ou d’une activité artistique qu’elle quelle soit. 

Peu importe la méthode, notre corps n’a pas à être un lieu de détresse : il est un espace infini que nous nourrissons de ce que l’on choisit de lui donner.

Il est aussi notre meilleur baromètre, et un sublime outil de connaissance et de libération. C’est lui qui nous donne accès à des informations sur nous-mêmes que nous ignorons, ou que nous refusons de voir.

C’est un endroit extrêmement riche, que nous devons ressentir. Il a une mémoire qui lui est propre, et il raconte notre vie d’une manière si poétique que l’on aurait tort de vouloir le faire taire. Chaque marque visible sur notre cops est l’empreinte d’un épisode de notre vie qui nous a forgé et a fait de nous la personne que nous sommes aujourd’hui.

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Pourquoi ne pas s’arrêter un instant pour apprécier ce que l’on considère être des défauts, mais qui sont en fait nos marques de fabrique ? 

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Pourquoi ne pas prendre le temps de dire merci à son corps pour toutes les sensations qu’il nous procure ?

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Pourquoi ne pas lui dire merci de porter nos organes, merci de nous permettre de nous déplacer, merci de nous permettre de faire tout ce que l’on fait chaque jour ?

N’est-il pas temps de nous apprécier pour que notre corps se sente bien avec nous et que l’on ne fasse plus qu’un tous les deux ? 

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Je vous souhaite de vivre la plus belle des histoires d’amour avec vous-mêmes.

Prenez soin de vous,

Marie



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